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Archive : La cochenille farineuse du bananier (Pseudococcus jackbeardsleyi)

:: Description et biologie  

Le corps des femelles est de forme ovale et de couleur rose pale, avec une taille de 3-4 mm en tenant compte des filaments (Photo ci-contre). Les deux filaments postérieurs sont beaucoup plus longs que ceux qui entourent le corps. Les jeunes larves et les femelles adultes ont quasiment la même morphologie.
Les mâles de très petite taille et ailés sont bien différents et ressemblent à des moucherons. Cette cochenille se rencontre dans les régions tropicales, et dans certains pays d’Asie du sud. Ces plantes hôtes principales sont les bananiers, les corossols, les pommes cannelles, les tomates et les hibiscus, mais on peut la trouver également sur ananas, melons, piments et même certains manguiers. Il y a peu d’informations concernant la biologie de cette espèce, toutefois, comme beaucoup d’autres espèces de cochenilles farineuses, les femelles ont probablement une fécondité élevée (plusieurs centaines d’oeufs) et un cycle (oeuf à adulte) d’environ un mois.


:: Description des dégâts  

Cet insecte est du type piqueur-suceur. Il s’alimente de la sève riche en sucres des plantes en piquant avec ses pièces buccales les tissus végétaux. Il excrète au niveau de son abdomen une solution sucrée (excédent de la sève aspirée), ce rejet constitue le miellat. Ce miellat est un milieu de croissance idéal pour des champignons qui forment un feutrage noir appelé la Fumagine (Photo 2) qui salit la peau des bananes. Cette souillure, même si elle n’altère pas directement le fruit, diminue la qualité esthétique de la peau du fruit.
 Si elle ne peut être totalement éliminée après la récolte, cela entraîne un déclassement du fruit (baisse de label) et par conséquent des pertes économiques pour le planteur.
 
 

:: Localisation de la cochenille farineuse sur le bananier  

La cochenille farineuse se situe sur différentes parties du bananier; au niveau de la nervure de feuilles inférieures, sur le pseudo-tronc, sous le reste d’anciennes feuilles et en haut de ce dernier. Cependant sur toutes ces parties citées précédemment sa présence n’entraîne pas de dégâts. Par contre, plus il y a de cochenilles sur le bananier (pseudo-tronc et feuilles), plus il y a de chance d’avoir des cochenilles sur la hampe du régime, par conséquent d’avoir des dégâts sur bananes.

 
 

:: Actions réalisées  

Suivi temporel
Nous avons suivi l’infestation sur 2 parcelles d’habitations différentes durant une année complète. L’infestation a fluctuée tout au long du suivi, mais elle n’a jamais disparu. Il n’y a pas eu de différence d’infestation suivant les deux saisons climatiques de la Martinique, la saison sèche et la saison humide.
Cependant, nous avons observé un développement de fumagine moins important, presque nul, durant la saison sèche.
Nous avons observé également une corrélation positive entre l’infestation du pied et celle du régime. Plus il y a des cochenilles sur le pseudo-tronc et les feuilles du bananier, plus il a des cochenilles sur le régime.
Le seuil de nuisibilité, à l’origine d’un développement de fumagine, commence entre 5 à 20 cochenilles présentes sur le régime.

Lutte biologique
Des lâchers de coccinelles australiennes, Cryptolaemus montrouzieri, une coccinelle très utilisée pour la lutte contre les cochenilles farineuses, ont été effectuées dans des parcelles infestées. Cette coccinelle a été très efficace contre la cochenille farineuse de l’hibiscus Maconellicoccus hirsutus, cependant son efficacité n’a pas été observée sur les populations de Pseudococcus jackbeardsleyi. De plus, quelques temps après les lâchers dans les bananeraies aucune coccinelle australienne n’a été observée. Les conditions inhérentes aux bananeraies ne doivent pas convenir à cette coccinelle (couverture végétale complète = peu de lumière, forts taux d’humidité et fortes températures).

Nous avons également testé l’efficacité en espace clos d’insectes indigènes : 2 coccinelles indigènes coccidiphages Zagreus bimaculosus et Cladis nitidula, et une espèce non déterminée de chrysope. Concernant les coccinelles, seule Zagreus bimaculosus a montré une attirance pour cette cochenille en espace clos, cependant nous ne l’avons jamais observé dans les parcelles de bananes, nous l’avons détecté uniquement en lisières de parcelle, alors qu’une source de nourriture semblant lui convenir était importante à proximité des parcelles de banane. Par contre, la chrysope indigène a montré un fort intérêt pour cette cochenille, et nous avons pu l’observer en grand nombre (adultes, larves, œufs) dans les parcelles ; l’élevage et des lâchers de cet insecte semble donc inutile.

Plante piège
La mise en terre d’hibiscus, qui est un hôte primaire pour cette cochenille, comme plante piège n’a donné aucun résultat ; aucune cochenille n’a été observée sur les hibiscus au bout de 4 mois de suivi.

Lutte chimique
Nous avons utilisé des produits doux « non polluants, et non toxiques », tels que le détergent Teepol, le savon Bioshower, et l’huile minérale paraffinique Banole. Actuellement, seule la Banole a une autorisation de mise sur le marché (AMM). Ces produits ont une bonne efficacité contre les cochenilles, et contre le développement de la fumagine, avec une meilleure action du Teepol.
Le traitement consiste à pulvériser sur la hampe du régime avant engainage de ce dernier, une solution savonneuse ou huileuse à 2% (actuellement huileuse, puisque seule la Banole a une AMM) afin de tuer les cochenilles présentes et d’engainer un régime propre de ce ravageur.

Enquêtes auprès des exploitants
Cette enquête a permis de dégager quelques facteurs influençant l’infestation d’une parcelle de bananier par la cochenille farineuse Pseudococcus jackbeardsleyi. Cette cochenille s’installe préférentiellement dans les parcelles où l’humidité ambiante est importante. Il semble aussi que la situation de la parcelle vis-à-vis du vent soit très importante ; plus la parcelle est exposée au vent, moins il y aura de cochenilles. De plus, indépendamment de son exposition au vent, l’infestation totale d’une parcelle est souvent observée dans des jeunes parcelles âgées de – de 3 ans.


RAPPORTS
LAMBRET Philippe. 2004. LAMBRET P. 2004. Luttes intégrée et biologique contre les cochenilles du bananier en Martinique. Rapport FREDON Martinique, 69 pp.
LEMOINE Vincent, et Philippe LAMBRET. 2005. Lutte intégrée contre la cochenille du bananier Pseudococcus jackbeardsleyi en Martinique. Rapport FREDON Martinique, 51 pp.